Garantir l’accessibilité des espaces pour les personnes à mobilité réduite (PMR) est aujourd’hui un impératif légal, mais aussi un engagement éthique et sociétal. Les architectes, maîtres d’ouvrage et promoteurs sont confrontés à un défi permanent : créer des lieux esthétiques, sécurisés et conformes aux réglementations.
Le carrelage, longtemps choisi uniquement pour ses atouts pratiques (résistance, entretien, variété de styles), joue désormais un rôle déterminant dans cette démarche. Bien sélectionné et bien posé, il peut contribuer à améliorer la sécurité des déplacements, faciliter le franchissement des seuils, et respecter les normes d’accessibilité en vigueur.
Dans cet article, nous vous proposons une étude approfondie sur la manière dont le carrelage peut devenir un atout majeur pour construire des espaces inclusifs.
1. Accessibilité et carrelage : pourquoi le choix du revêtement est crucial
L’accessibilité d’un bâtiment ne se résume pas à la largeur des portes ou à la présence de rampes. Le revêtement de sol influence directement la sécurité et le confort des usagers :
- Pour les fauteuils roulants, il doit être lisse, stable et sans ressaut.
- Pour les personnes âgées, il doit limiter les risques de glissade.
- Pour les personnes malvoyantes, il doit permettre des repères visuels et tactiles clairs.
Le carrelage répond parfaitement à ces besoins… si l’on respecte certains critères de sélection et de pose.
2. La sécurité avant tout : l’importance du carrelage antidérapant
La glissance est le risque principal associé au carrelage. Pour l’éviter, il existe des classifications internationales qui définissent le niveau d’adhérence :
a) Norme DIN 51130 (R9 à R13, pieds chaussés)
- R9 : adhérence faible, adapté aux pièces sèches.
- R10 : usage domestique courant (cuisine, couloirs).
- R11 : zones humides à risque (salles de bain, sanitaires publics).
- R12 – R13 : environnements industriels, cuisines professionnelles, piscines.
b) Norme DIN 51097 (A à C, pieds nus)
- A : zones humides occasionnelles (vestiaires).
- B : plages de piscine, douches collectives.
- C : zones très mouillées comme les escaliers immergés.
👉 Pour des espaces accessibles aux PMR, un carrelage R10/B minimum est recommandé, garantissant une adhérence suffisante sans nuire au confort de déplacement.
3. Seuils et transitions : un détail qui change tout
L’un des grands défis de l’accessibilité est le franchissement des seuils.
- Les règlementations PMR imposent que les ressauts ne dépassent pas 2 cm.
- Dans l’idéal, la continuité entre deux pièces carrelées doit être parfaitement plane.
- Lorsque deux matériaux différents se rencontrent (parquet/carrelage, carrelage/moquette), l’usage de profils de transition adaptés est indispensable.
- En extérieur, il faut également penser aux pentes douces (max. 5 %) pour faciliter le passage en fauteuil roulant.
Le choix du carrelage joue donc un rôle non seulement esthétique, mais aussi fonctionnel et ergonomique.
4. Normes et réglementations à connaître
a) En France et en Europe
- Arrêté du 20 avril 2017 : fixe les conditions d’accessibilité des ERP et bâtiments d’habitation.
- Loi du 11 février 2005 : sur l’égalité des droits et l’accessibilité universelle.
- Norme NF P 98-351 : encadre les bandes podotactiles, qui doivent être contrastées et antidérapantes, et placées notamment en haut des escaliers.
b) Exigences pour les carreleurs et architectes
- Vérifier la résistance mécanique du carrelage (support des charges roulantes).
- Prévoir des contrastes de couleur pour signaler les zones de danger (par exemple, un carrelage foncé en haut d’un escalier clair).
- Intégrer dès la conception des zones de repérage tactile pour les personnes malvoyantes.
5. Recommandations pratiques pour un projet carrelage PMR réussi
- Choisir le bon format : privilégier les carreaux grands formats pour limiter le nombre de joints et faciliter le roulage.
- Soigner la planéité : un support irrégulier entraîne des désordres et gêne la mobilité.
- Sélectionner un carrelage mat ou satiné : moins glissant qu’une finition brillante.
- Utiliser des joints fins et réguliers : évite les vibrations sous les roues et limite l’accumulation de saletés.
- Créer des contrastes visuels et tactiles : pour renforcer la lisibilité des espaces.
- Anticiper l’entretien : un carrelage doit rester propre pour conserver ses propriétés antidérapantes.
6. Les bénéfices d’un carrelage pensé pour l’accessibilité
- Sécurité accrue : réduction des risques de glissades et de chutes.
- Confort de déplacement : sols roulants, adaptés aux fauteuils et aux poussettes.
- Conformité réglementaire : respect des normes évite les sanctions lors des contrôles d’accessibilité.
- Esthétique préservée : les fabricants proposent aujourd’hui des gammes design qui allient élégance et performance technique.
7. Conclusion
L’accessibilité ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une opportunité de concevoir des espaces inclusifs et modernes. Le carrelage, grâce à sa polyvalence, sa résistance et ses nombreuses finitions, s’impose comme un allié incontournable pour répondre aux besoins des PMR tout en respectant les normes.
Un carrelage antidérapant bien choisi, une pose soignée sans seuils gênants et une attention particulière aux contrastes visuels permettent de créer des environnements sécurisés, agréables et durables, qui profitent à tous les usagers.




